Marche nordique # Marche au long cours

LA MARCHE AVEC DES BÂTONS DE RANDONNÉE

Nombreux sont les pèlerins qui utilisent des bâtons pour marcher sur le Chemin. En revanche, peu les utilisent à bon escient. Les raisons en sont multiples et sans s’y attarder, la principale est que nous reproduisons ce que nous voyons sans chercher à comprendre plus en avant.

Qu'il y a-t-il donc à comprendre dans l’utilisation des bâtons ?  Tout le monde est d’accord et reprend de concert l’argument comme quoi la pratique de la marche avec des bâtons économise  X % de l’effort à produire. Cela va de soi, mais est-ce simplement une réduction de l’effort que nous cherchons ? Ou aussi un soulagement pour nos articulations ?

Là, se situe la grande différence entre :

- marche nordique : les bâtons restent toujours à l’arrière du centre de gravité du corps (la pointe du bâton se plante « entre les deux jambes » et quand on pousse, on propulse le corps vers l’avant

- et marche de randonnée : les bâtons sont positionnés légèrement à l’avant du centre de gravité du corps (juste à l’avant du pied) et vont passer vers l’arrière de ce centre de gravité. Là, dans un premier temps on appui sur les bâtons, on soulage donc  les articulations, et dans un deuxième temps, on pousse, ce qui économise de l’effort, les bras venant relayer les jambes

Des lors, marche en randonnée et marche nordique ne  répondent pas aux mêmes besoins.

Si l’on comprend aisément que la marche nordique se pratique essentiellement sur terrain plat, comme un entraînement à une marche rapide dévoreuse de calories, on voudrait restreindre  la marche de randonnée à la pratique de la montée ou de la descente… Sur le Chemin, 80 % de nos efforts se font sur terrain plat… et pas à très vive allure ! En revanche, il est normal de faire 20-25 km, voire plus…  Donc les descentes et les montées c’est évident, et encore, il y aurait des choses à dire. Mais quid du terrain plat ? Nous finirons donc par là.

Descentes et montées :

Pour monter, vous plantez votre bâton et vous appuyez dessus pour vous aider à vous hisser. Et pour descendre, à vous retenir… est-ce si simple ? N’y aurait-il pas quelques explications supplémentaires à connaitre ? Eh bien, oui ! Et cela s’appelle le « pommeau »… en effet, les bâtons de randonnée ont un pommeau arrondi, à l’inverse des bâtons de marche nordique qui sont en pointe, car on va souvent les utiliser : DANS la PAUME de la main…

En montée, un bâton peut être planté devant et un derrière, et c’est sur ce dernier que l’on pourra fortement pousser, mais seulement si c’est la paume de la main qui pousse sur le pommeau.

En descente, du fait de la déclivité, le bâton pris par la poignée se retrouvera trop court pour efficacement retenir notre poids. Vous verrez souvent un conseil qui dit qu’il faut à ce moment-là, « re-régler » les bâtons plus longs… oui… mais, il y a aussi la solution du pommeau, et ils sont faits pour cela. Prenez vos bâtons par le pommeau, vous allongez donc automatiquement la longueur du bâton et surtout, vous vous retrouvez à pouvoir très efficacement contenir votre poids.

Réglage de la hauteur des bâtons :

Quand vous êtes droit et que vous avez le coude à angle droit, la distance entre votre main et le sol est la bonne hauteur de bâton.

Les dragonnes :

Si sur les bâtons de marche nordique elles sont essentielles, il n’en va pas de même pour les bâtons de marche de randonnée.  Vous verrez souvent des conseils sur la manière de les mettre, par-dessus ou par-dessous. Si vous tenez absolument à les mettre, vous trouverez la manière qui vous sied le mieux. MON conseil, c’est … NE LES METTEZ PAS ! Au gîte que j’ai tenu pendant dix ans, j’ai trop vu d'accidents réguliers, de poignets cassés, de ligaments déchirés et de visages défigurées… En effet, pour un oui ou pour un non, vous chutez, vous vous cassez la gueule…  un bâton pris entre les jambes, vous serez très heureux d’avoir vos mains disponibles et sans entrave pour vous amortir. Et si d’aventure vous faites tomber un bâton, que diable !, nous ne sommes pas au ski, il ne se sauvera pas,  vous le ramasserez ! En revanche, quand celui-ci se coincera dans un trou ou dans une souche, vous ne vous déboîterez pas l’épaule… On me pose souvent la question « Mais pourquoi les fabricants mettent-ils des dragonnes ? ». Ma réponse est invariablement «  Nous, nous sommes sur le chemin… et pas en randonnée… de peu de KM… ». Et qui achèterait des bâtons sans dragonne ? Nous avons l’œil tellement exercé aux bâtons de ski… et aux bâtons de marche nordique… Ce qui ne veut pas dire, que par ce qu’elles sont là, il faut absolument s'en servir…(en revanche… les pommeaux y sont aussi,… et peu de gens s’en servent…).

Les embouts caoutchouc :

Leur vocation est d’augmenter l’adhérence sur terrain dur comme le béton, les trottoirs et les routes. Accessoirement, mais c’est surtout pour cela que nous les utilisons, pour éviter de faire du bruit avec les pointes en tungstène sur ledit terrain dur.  Sur le Chemin, cela devient parfois une épreuve que d’entendre inlassablement ce TCHIC, TCHIC, TCHIC … et pour certains riverains, une torture… alors soyez sympas, dans un village, une ville, relevez vos bâtons… En revanche, en campagne, sur l’herbe, la terre et la caillasse, enlevez-les et utilisez les pointes tungstène, elles y sont beaucoup plus efficaces… Dès que vous vous retrouvez sur du bitume, remettez les embouts caoutchouc. De fait, vous les mettrez et enlèverez régulièrement. Mais ce n’est pas un problème, si justement vous le faites régulièrement. Vous les gardez dans une poche très accessible  et disponibles quand il faut. Si vous ne les enlevez pas régulièrement, ils se colleront, et vous n’arriverez plus à les enlever. De fait, ils resteront en place, finiront par se percer rapidement, et deviendront inutiles.

Le terrain plat :

C’est je vous le rappelle, 80 % de notre parcours, (plat et faux plat). Donc, il est intéressant d’avoir une aide sur 80 % de notre temps qui, souvenons-nous-en, représente 20 à 25 km par jour…

Le but est de soulager nos pieds, nos genoux et nos hanches, en les allégeant. Pour ce faire, il nous faudra pousser sur les bâtons, plus ou moins fort selon les pèlerins, pour alléger notre poids de quelques 200 à 500 g à chaque pas.  Si notre bâton est incliné, nous ne pourrons pas pousser verticalement pour soulager notre poids. D’où l’importance de positionner le bâton juste avant le pied, presque vertical, pour s’y appuyer et faire passer le corps. Quand celui-ci est passé, une petite poussée oblique nous propulsera légèrement vers l’avant. Pour comprendre ce phénomène, prenez l’image du berger dans ses montagnes… il a un grand bâton sur lequel il s’appuie. Quand il marche, il le « jette » un peu en avant, s’appuie dessus, puis le ramène et le  rejette en avant. Faites l’expérience avec un seul bâton… c’est très naturel… Pour comprendre que nous nous appuyons sur le bâton, prenez aussi l’exemple d’un vieux pépé fatigué… avec sa canne ! Qu'en fait-il ? La canne légèrement en avant de son pied, il s’appuie dessus, puis passe le corps et remet la canne légèrement en avant… il fait comme le berger… Parce que c’est comme cela que naturellement on utilise un bâton pour soulager notre poids. Mais nous, nous avons deux bâtons, pour nous soulager deux fois plus. Alors comment marcher avec deux bâtons ?
Très simple, ne pensez à rien, ne calculez rien et laissez faire la nature. Commencez avec un bâton, comme le berger, puis quelques instants après, laissez venir naturellement le deuxième. Surtout, sortez-vous de la tête ce que vous avez vu de la marche nordique, car dans celle-ci vous faites un mouvement de bras donc de bâtons pour un mouvement de jambe, PAS dans la randonnée… Vous ferez plusieurs pas pour un seul mouvement de bâton, puisque quand le corps passe vous êtes en train d’appuyer sur le bâton. Combien ? Ce n’est pas important, ne comptez pas, c’est très naturel, en revanche pensez à appuyer sur le bâton pour sentir cette force contraire à la gravité qui soulage votre poids. Cela vient très vite, et naturellement.

Une fois cette marche acquise, vous vous rendrez compte qu’elle donne du rythme, que vous vous tenez droit, que vous récupérez de l’équilibre, et que vous respirez mieux. Si vous désirez pousser plus loin la pratique, il suffit de lancer les bâtons un peu plus loin devant et pousser un peu plus longtemps derrière, pour vraiment augmenter la distance de votre pas et marcher plus rapidement. Et si vous désirez marcher encore plus vite, il suffit d’augmenter la hauteur des bâtons en les tenant par LES POMMEAUX…

Serge Bouquet – Caminoloc.com

Ce que ça donne en images :