Du bon usage d’un gîte par le Pèlerin…
ou
Tout ce qui peut « énerver » un hébergeur !

En premier lieu précisons qu’il n’est nullement question de pousser « un coup de gueule » très à la mode dans certaines publications, bulletins jacquaires et autres « blogs » du chemin.
De même, ne voyons pas dans les propos à venir une quelconque tentative d’éducation sommaire, les cas étant peut-être désespérés…

En revanche, se moquer un peu de ceux qui nous font vivre et que nous assistons avec une grande affection tout au long de la saison, outre que cela nous fait du bien de temps en temps, cela nous procure aussi une espèce de délectation car il s’agit aussi de nous moquer de nous-même.

Il est donc temps d’entamer cette liste non exhaustive tant elle serait longue :

Tout ce qui peut énerver un hébergeur :

  • - Arriver à midi alors que le ménage s’achève à peine, que la petite collation de midi n’est pas prise et que la petite sieste qui nous tend les bras s’évapore avec ce nouvel arrivant qui en plus veut prendre la douche.... Être à l’ouvrage de 6 h du mat à 23 heures est notre quotidien, sept jours sur sept pendant sept mois, la sieste c’est pour le pèlerin de midi…..

  • - Partir avant le lever du jour sous prétexte que l’on aime marcher le matin ou que l’on craint la chaleur ou que l’étape est longue. En fait, quand on partage un lieu de communauté, le gîte, il serait d’usage que tous les membres de la dite communauté adopte à peu près les même règles de vie, c’est plus facile et agréable. Se différencier, se distinguer par un comportement hautement individuel est forcément au détriment de tous les autres membres du groupe. Ils n’ont peut-être pas envie de se faire réveiller à 5 heures du matin… !

  • - Dans le « prix bas » d’un hébergement en gîte d’étape est compris « sans supplément » cette règle de vie commune : respectons la tranquillité d’autrui ! Les individus dont l’impérieuse nécessité de partir aux aurores les pousse à mettre tout le monde de mauvaise humeur, de bon matin, devrait se rabattre sur un autre type d’hébergement : chambre d’hôte, hôtel… camping bivouac c’est le mieux pour partir tôt ! (on ne dérange personne) Le comble c’est quand il demande de pouvoir déjeuner ! (en plus c’est souvent possible… en tous cas chez moi). Poussant la discussion un peu en avant avec certain, on se rend compte que parmi leur motivation profonde se trouve la noble envie d’arriver tôt pour… avoir un bon lit bien placé… une bonne douche encore chaude… attitude pour le moins surprenante quand les mêmes prônent la solidarité, la fraternité et le partage du chemin ! Il est à noter que ce sont souvent ceux-là qui arrivent à midi ou pendant la sieste de l’hébergeur.

  • - Remarquons que certains gîte espagnols, pour endiguer cette « bêtise » contagieuse arrivent à fermer les portes à clef et ne les ouvrent qu’à 6h ou 6h30… (il y a la queue dans les couloirs à partir de 5h…). Il n’est pas rare de voir des pèlerins partir alors qu’il fait encore nuit avec une frontale allumée…des airs d’ Annapurna ou de K2 dans le pas hésitant… : le ridicule ne tue pas mais peut casser une jambe ! C’est souvent aussi juste l’angoisse de ne pas y arriver… alors je pars plus tôt… plus tôt oui, pas de problème mais ne vous levez pas à 4 h du mat ! Tout ceci est assez spécifique de l’Espagne en saison… mais maintenant, même en Espagne on peut réserver… alors, cela devrait aller mieux !

  • - Arriver et foncer tête baissée sur la première porte venue sans prendre le temps de s’informer en regardant la signalétique en place à destination du pèlerin. Le pèlerin fatigué n’est plus guidé à ce moment-là que par la promesse encore trop lointaine d’un «vautrage» de lit et d’une bonne douche.

  • - Ne pas respecter les consignes établies par l’hébergeur (pour autant que celles-ci ne soient pas dictatoriales)  ou ne pas laisser les toilettes propres sont des lieux communs à peine dignes d’être mentionnés.

  • - Ne pas couper le bleu d’Auvergne dans le bon sens et ne prendre que le bleu en ne laissant aux autres que le bord du fromage qui ne sera pas pris et donc jeté.

  • - Ne pas finir son café ou son thé et laisser le bol à moitié plein avec une moitié de tartine « beurrée confiturée ».

  • - Dans le grand chapitre des réservations, ne pas honorer la sienne sans prévenir est d’une banalité affligeante, surtout quand la réservation a été prise par un autre pèlerin pour son compte et qu’aucun n° de téléphone n’a été laissé : on se sent très « dégagé » d’un engagement ! C’est quand même au détriment d’autres pèlerins qui se sont vu refuser une réservation car le gîte était a priori complet. L’incidence économique est peu importante mais qu’est-ce que c’est énervant…

  • - Et presque pour la fin, réserver  une demi-pension et annoncer que l’on ne prendra pas le repas alors qu’il est déjà 6 heures du soir car le pèlerin dans sa grande compréhension du chemin pense que le « restaurant » a pour devise « s’il y en a pour dix il y en a pour huit ! »

  • - Ne pas dire bonjour, ne pas dire au revoir, ne pas sourire et faire la gueule.

  • - En tout état de cause, cette liste n’est pas si longue que cela et les désagréments qu’elle procure sont infimes en comparaison du plaisir que nous prenons à recevoir les pèlerins. Tous ne prennent pas conscience qu’être hébergeur c’est 7 jour sur 7, environ 15 heures par jour et ce pendant six ou sept mois consécutifs… (disons-nous le, « nous avons un certain mérite » : ça fait du bien !).

Il est temps de remercier les Pèlerins dans leur immense majorité pour leurs comportements exemplaires et toutes les émotions qu’ils nous font partager.


Pour conclure, rappelons la maxime du chemin « le touriste exige et le pèlerin remercie »…



Serge du Relais des Jacobins, à Cahors