LE DONATIVO

tirelire donativo dans un hebergement de compostelle



Pour ceux qui ne le savent pas… encore, pour ceux qui sont pour… et pour ceux qui sont contre… essayons de faire un petit point sur cette pratique ainsi dénommée et assez particulière au Chemin. Bien que, sous d’autres formes et d’autres appellations, la générosité et la solidarité trouvent d’autres lieux pour s’exprimer.

De quoi s’agit-il ? D’une gestion financière particulière de certains gîtes qui consiste à proposer une boîte « tirelire » où le pèlerin mettra ce que bon lui semble plutôt que de lui demander un prix fixe pour le service rendu.

Dans l’esprit et pour la dénomination francisée de cette pratique, la « libre participation aux frais », il s’agit pour chaque pèlerin de s’acquitter à l’issue de son séjour de ce qu’il pense être raisonnable pour participer aux charges d’exploitation du gîte.

Disons-le de suite : « Donativo » n’a jamais voulu dire gratuit !

Mais il y a un petit surplus d’âme dans le sens Donativo : je vais aussi donner pour celui à venir qui n’a pas les ressources suffisantes pour aller à Compostelle.

Il apparaît immédiatement que cette pratique généreuse s’affiche souvent comme « anti-commerciale », ou plus exactement « à but non lucratif ». L’esprit en est la solidarité et la charité, cette dernière s’inscrivant dans le cadre des trois vertus théologales de la chrétienté accompagnée de la Foi et de l’Esperance.

Il est donc normal que l’on trouve cette pratique du Donativo essentiellement dans les accueils affichés et revendiqués comme chrétiens et surtout en Espagne, pays où le Chemin a connu son renouveau. C’est donc essentiellement dans les églises, couvents et monastères qu’il s’est développé. Parallèlement, les municipalités et autres acteurs économiques du Chemin ont œuvré pour proposer des accueils classiques accessibles avec des budgets modérés : « Albergue municipal », en Espagne.

Ces deux élans concomitants et concertés ont assuré un succès certain au Chemin espagnol, ainsi qu’un développement en flèche à partir des années 1990.

Pour encadrer ce développement et réserver l’accès de ces structures aux « pèlerins » (par opposition aux touristes) il est créé la « credencial » (Espagnol) lors du premier congrès international du Chemin à Jaca, en 1987.

Dès lors, tout était en place pour que le Chemin connaisse un développement vertigineux, la France rejoignant l’Espagne au titre de la reconnaissance par l’Unesco au patrimoine mondial, d’autres chemins s’ouvrant aux quatre coins de l’Europe…

Le mode de vie urbain, le besoin de sens, de nature, de contacts, de convivialité, de spiritualité et d’expression d’une foi nouvelle ou renouvelée, ont réellement propulsé le Chemin comme un  « fait de société » pourrait-on dire à l’heure actuelle, avec comme emblème LE DONATIVO.

En effet, dans sa charge émotionnelle, ce terme porte tous les  idéaux chrétiens d’accueil et de charité, comme tous les imaginaires humanistes de partage, de solidarité et de fraternité. C’est un peu tous les paradis perdus ou jamais trouvés de nos sociétés modernes.

Comme tous les symboles, celui-ci a aussi du mal à garder sa place face à la massification de la pratique du Chemin.

Les maux dont souffre le Donativo sont le manque de générosité d’une population pèlerine de plus en plus nombreuse et avide d’un bon tarif. Quand ce n’est pas tout bonnement de profiter d’un accueil pas cher voire gratuit ; d’une mode sans fondement historique qui veut que le pèlerin soit pauvre et qu’on lui doive donc gîte et couvert ; et enfin, en France, du développement professionnel de l’hébergement encadré par des lois fiscales et réglementaires issues de l’organisation de la société.

A l’origine, comme nous l’avons vu, le Donativo se pratiquait dans les édifices religieux où les charges étaient en principe déjà couvertes par la propriété de fait des bâtiments et de l’organisation déjà en place de ces structures. Mais sous l’effet du nombre, il a fallu plus de locaux, plus de lits, plus de cuisine, plus de nourriture, etc.… et donc de nouvelles charges. Si à l’époque une petite part des pèlerins profitaient de la situation, cela n’avait que peu d’incidence car le reste de la gente pèlerine compensait le manque de ressources. Avec le nombre, cette même petite part augmente et pèse énormément sur le budget, d’autant que la part restante n’est pas suffisamment généreuse et a tendance à nettement diminuer. Le résultat est qu’actuellement, un mouvement certain de ces hébergements religieux est en train de passer à un tarif établi, modeste certes, mais établi avec un appel à la générosité particulière de chacun. Il en reste donc un certain nombre en Espagne, suffisamment pour que perdure ce noble symbole.

En France la situation est quelque peu différente. En effet, avec une pratique du Chemin moins ancienne et concernant un nombre de pèlerins bien moins important, l’Eglise n’a pas spécialement emboîté le pas de sa consœur espagnole. Très vite, l’hébergement privé professionnel a supplanté l’accueil religieux et l’accueil jacquaire, pratique de particuliers qui hébergent occasionnellement des pèlerins.

De là, naît une sorte d’incompréhension, voire une certaine animosité, entre certains accueils privés et d’autres tout aussi privés, mais se déterminant comme hors du  champ commercial, donc hors du champ dit légal de l’hébergement régulier (contraire de occasionnel) de courte durée.

En France, c’est essentiellement cette notion « d’occasionnel  » ou « d’habituel » qui détermine si l’hébergement privé est professionnel ou non. S’il est professionnel, un ensemble de mesures assez strictes et précises encadre cette activité. Par exemple, pour les plus importantes, l’inscription d’une manière ou d’une autre au Registre du commerce et l’affiliation à la Sécurité sociale. Ceci sous-entend des charges non négligeables pour l’exploitation de l’hébergement.

S’il n’est pas professionnel, bien sûr, ces charges n’apparaissent pas.

Autant dire que sur certains secteurs du Chemin régit par l’économie concurrentielle du marché qui fait tourner notre planète, certaines frictions peuvent voir le jour. Pour éviter cela, le législateur a prévu de clarifier cette notion d’occasionnel ou d’habituel en la chiffrant tout simplement.

« L'affiliation auprès du RSI est obligatoire lorsque le revenu imposable procuré par l'activité de location de chambres d'hôtes (y compris pour l'activité de table d'hôtes, le cas échéant) dépasse 4.945 € (correspondant à 13 % du plafond annuel de la Sécurité sociale en 2015). »

Voilà pour ce qui est de la partie technique de l’hébergement sur le Chemin en France. Ce n’est pas vraiment la plus intéressante.

Il est à noter que ce débat sur le Donativo n’a pour ainsi dire cours que sur le Chemin de Compostelle en France. Pas en Espagne, pas sur d’autres GR, nulle part ailleurs ! Ceci parce que tous les acteurs ont pris ledit problème, qui n’en est pas un, par le mauvais bout.

En effet, nous parlons de charité, de solidarité, de fraternité, d’amour, d’idéologie ou de spiritualité : au fond, qui pourrait être contre ? Personne. Et personne ne l’est !

Mais, l’hébergeur privé professionnel n’aime pas qu’on le qualifie de « commerçant », sous-entendant profiteur, exploiteur, etc.… comme l’hébergeur privé considéré comme non professionnel - est-on encore non professionnel quand on accueille 10 pèlerins par jour ? -, n’aime pas non plus que ses  confrères professionnels le qualifient aussi de profiteurs en ne s’acquittant pas des mêmes charges.

Ce qui est étonnant, c’est que cette querelle sous-jacente exprime des rivalités, voire des jalousies, portant sur le statut, d’où découle effectivement des euros en plus ou en moins. Or, ces euros issus de taxes et de charges sont aussi l’expression d’une autre solidarité, la solidarité nationale.  Qui n’est pas pour la solidarité nationale ? Que celle-ci soit trop ou pas assez importante est un autre débat.

En fait, le Donativo est une pratique visant à aider LES QUELQUES UNS qui en ont besoin. Rien d'incompatible avec un statut professionnel. En n'affichant pas de tarif, en n'exigeant pas le juste prix pour une honnête prestation, sous prétexte d'aider le pèlerin, le Donativo « aide » TOUS les pèlerins... et surtout ceux qui n'en ont pas besoin. Se privant ainsi de ressources pour aider LES QUELQUES UNS qui eux en ont vraiment besoin. Ce concept bien appliqué, la Charité serait alors un vrai acte de foi personnel, et non une démarche institutionnalisée de la générosité.
Si les riches donnaient effectivement pour les pauvres le Donativo tel qu'il est actuellement serait satisfaisant. Mais est-ce le cas ? Alors changeons et adaptons la pratique du Donatiovo !

Rien n’empêche aussi le pèlerin à donner en plus pour ceux qui en auront besoin.

C’est à priori une démarche logique qui devrait prévaloir plutôt qu’une démarche dogmatique.

Rien n’empêche un hébergeur professionnel à inviter, c’est-à-dire offrir le gîte et le couvert, s’il juge que cela est satisfaisant, autant pour lui que pour son invité.

Rien n’empêche un hébergeur professionnel donativo à ne pas exiger un juste prix, celui qu’il estime, pour le pèlerin qui ne se revendique pas d’infortune.

En fait, pour des hommes de bonne volonté et surtout de bonne foi, il n’y a aucune ambiguïté  quant à la pratique du Donativo.

Ceci est bien sûr un point de vue et ne se veut pas une vérité absolue qui ne puisse être discutée.

Quoi qu’il en soit, toi pèlerin qui peut te trouver dans la difficulté sur le Chemin, ouvre ton cœur, explique ton cas, l’aide est là et viendra, tu peux en être assuré.